XXe Siècle - On n’avait pas vu d’exposition monographique de Suzanne Valadon (1865-1938) depuis 1967.
Le Centre Pompidou – cela aurait pu être Orsay – répare aujourd’hui une anomalie. L’exposition a été présentée au Centre Pompidou-Metz en 2023, puis au Musée des beaux-arts de Nantes. Mais le parti pris semble différent à Paris. Et l’impression qu’elle procure aussi. À Metz, l’effet des peintures et dessins de Suzanne Valadon était saisissant et donnait à voir une œuvre dense et puissante. À Paris, la scénographie aux murs gris aux formes courbes ainsi que le relatif isolement des œuvres procurent une sensation de pauvreté, malgré le nombre important de tableaux présentés. Le choix de l’accrochage, qui entend éclairer l’œuvre de Valadon au regard de ses contemporains ou de ceux qui l’inspirent (Auguste Renoir, Edgar Degas, Henri de Toulouse-Lautrec, Jean-Jacques Henner, Henri Matisse), ainsi que le parallèle avec d’autres artistes femmes (Marie Laurencin, Jacqueline Marval, Georgette Agutte) ne donne pas plus de fil conducteur au parcours de l’exposition, d’autant plus qu’à raison d’un ou deux tableaux par artiste, le dialogue reste pauvre et peu éclairant. Heureusement, la salle plus intimiste consacrée aux dessins, placée dans la pénombre, permet, par sa compacité et par le rapport qu’elle crée entre le visiteur et les œuvres, de saisir l’audace, la franchise et la crudité du trait noir de Suzanne Valadon, qui fait toute la force de ses tableaux les plus célèbres (La Chambre bleue, montrée trop tôt ici, Portrait de famille, Adam et Ève, Le Lancement du filet ou encore le superbe grand format Joie de vivre, absent à Metz). L’impératif que se sont fixé les commissaires de faire de Valadon une peintre qui « réinvente notre rapport au corps féminin et masculin » vient brouiller la réception d’une œuvre qui aurait mérité d’être appréciée pour elle-même, sans être utilisée afin de servir une thèse. La dimension rocambolesque de sa vie, parasitant la compréhension de son œuvre, a été évacuée à raison. Hélas, on lui a accroché une autre casserole : l’engagement égalitariste. Valadon elle-même, déjà, réfutait cette approche…
L’accès à la totalité de l’article est réservé à nos abonné(e)s
Valadon décousue
Déjà abonné(e) ?
Se connecterPas encore abonné(e) ?
Avec notre offre sans engagement,
• Accédez à tous les contenus du site
• Soutenez une rédaction indépendante
• Recevez la newsletter quotidienne
Abonnez-vous dès 1 €Lire aussi le dossier « Suzanne Valadon, artiste et femme » dans L’Œil n°782
Cet article a été publié dans L'ŒIL n°783 du 1 mars 2025, avec le titre suivant : Valadon décousue