Poitiers - on connaît peu la notion de « dialogue compétitif » en architecture.
En optant pour cette procédure qui fait plancher – en les rémunérant – plusieurs agences sur un projet, Le Confort moderne a fait un pari gagnant. Budget, délai et promesses tenus, l’architecte Nicole Concordet a métamorphosé les espaces de cette friche historique en les magnifiant. Circulations fluidifiées, bâtiments plus lumineux et agréables à vivre, le complexe dispose en outre, depuis sa réouverture fin 2017 de résidences pour les artistes ainsi que d’un restaurant ouvert au public (à l’heure du déjeuner et un soir par semaine). Installée dans la partie autrefois dévolue à la fonderie, cette brasserie verse un loyer à l’association culturelle via une SARL afin de séparer les activités lucratives, lesquelles, tout cumulé, contribuent pour près d’un tiers au budget du lieu. Le modèle est plutôt vertueux. Et le mélange de publics de cette cantine (riverains, employés de banque, musiciens entre deux répétitions, etc.) fait écho à l’esprit d’ouverture d’une programmation mêlant concerts et expositions. Le Confort moderne n’a pas eu à chercher loin pour trouver sa cheffe. Aurélia Gloriod s’occupait depuis des années, en tant que responsable de l’activité traiteur, de nourrir les groupes de rock ou de jazz de passage. Cette clientèle cosmopolite lui a appris à composer avec des régimes divers (végétarien, vegan…) et a aiguisé son tempérament naturellement curieux. Elle pratique une cuisine vivante en phase avec ce lieu remuant. Le plat du jour à l’ardoise est improvisé quotidiennement – cette fois-ci, un porc à l’asiatique délicatement épicé – et la recette apparemment la plus banale, sublimée par un détail qui fait la différence. Comme, dans ce curry de légumes, les bouquets de chou-fleur traités en tempura aériens grâce à une pâte à base de farine de riz et d’eau gazeuse. À la carte, pas de « plat signature », mais des propositions simples et savoureuses travaillées avec des produits de saison : dos de cabillaud en aïoli, effiloché de bœuf confit accompagné de crudités aux herbes fraîches, etc. La salle, haute de plafond, murs de pierres apparentes et tuyauterie industrielle, ouvre sur un jardin. La cheffe y cueille ses herbes aromatiques, thym et romarin qui inspirent aussi parfois les cocktails du mixologue maison. Aux premiers rayons, des tables y sont dressées, au plus près des œuvres qui ont commencé à fleurir sur la pelouse, comme ces sculptures d’Anita Molinero, de Laurent Le Deunff, qui font partie du paysage, à l’image de cette friche devenue une institution de référence.
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Une jolie table sans prétention
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Abonnez-vous dès 1 €Cet article a été publié dans L'ŒIL n°754 du 1 mai 2022, avec le titre suivant : Une jolie table sans prétention