Suisse - Art contemporain

Crans Montana (Suisse)

La face sacrée de l’art

Fondation Opale – Jusqu’au 20 avril

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 19 février 2025 - 343 mots

Art Contemporain -  Qu’est-ce que la religion, les croyances et les rites font à l’art ? C’est la vivifiante question que soulève l’exposition « Rien de trop beau pour les dieux », à la Fondation Opale.

Son commissaire est Jean-Hubert Martin, dont l’exposition « Les Magiciens de la Terre », présentée au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette en 1989, a profondément marqué le paysage artistique : pour la première fois, des créateurs « non occidentaux » étaient reconnus comme des artistes contemporains. À la Fondation Opale, Jean-Hubert Martin continue de jouer les enfants terribles. Cette fois, il bouscule le monde de l’art en s’intéressant aux créations qui – a priori – n’en relèvent pas, « car elles n’intéressent pas le marché », explique-t-il comme les autels, mais aussi des objets liés aux rites et au sacré qui dialoguent dans le parcours avec des œuvres d’art contemporain. Les pièces exposées ont en commun de témoigner d’un lien profond entre les hommes et les dieux, les esprits, les ancêtres. Des artistes aborigènes sont ainsi venus réaliser in situ une de ces peintures cérémonielles au sol en wamulu – une fleur jaune du désert central d’Australie –, originellement réalisées dans le cadre de cérémonies et vouées à disparaître une fois le rituel terminé. Ici, elle est fixée sur des panneaux à l’aide d’un liant pour devenir œuvre d’art. De même, le masque de l’artiste camerounais Hervé Youmbi (né en 1973) qui a réussi à convaincre des chefs locaux de le laisser introduire dans les danses cérémonielles un masque inspiré du Cri d’Edvard Munch, témoigne de ces frontières poreuses entre l’art et les pièces rituelles. Dans ce parcours audacieux, les repères se brouillent, d’autant que l’exposition n’est pas accompagnée de notices d’œuvres afin de ne pas imposer de discours préconçu au visiteur. Au deuxième étage, c’est à lui d’établir les ponts entre une installation de Christian Boltanski (1944-2021), Autel Chase, et la reconstitution d’un autel de fête des morts au Mexique. Une fois de plus, Jean-Hubert Martin empêche l’amateur d’art de tourner en rond en ouvrant les frontières de l’art contemporain.

« Rien de trop beau pour les dieux »,
Fondation Opale, route de Crans, 1, Crans Montana (Suisse), www.fondationopale.ch

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°783 du 1 mars 2025, avec le titre suivant : La face sacrée de l’art

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