Il ne faut pas se fier à l’apparente froideur des grands formats de cette grande dame de la photographie, ils sont aussi facétieux qu’un ready-made.
D’ailleurs, Lynne Cohen dit souvent que ses images relèvent de cette fameuse « invention » sémantique de Marcel Duchamp : elle capte tous ces endroits comme elle les trouve, sans rien modifier de leur étrangeté innée. Juste un coup de l’œil, mais quel œil ! Malicieux et drôle, il ne laisse rien passer depuis 1971, date de la plus ancienne photographie placée en introduction, Living Room, Racine, Wisconsin.
Après avoir cultivé un sens du noir et blanc particulièrement acéré, rappelé par ces quelques images historiques, la photographe a depuis plongé dans la couleur avec jubilation. Spas, centres d’entraînement au tir par armes à feu, salles d’attente, les architectures de Lynne Cohen cultivent les reflets, les aspérités, les « erreurs ». Son art nécessite de creuser l’image, de dépasser ses surfaces lisses et parfois chatoyantes, ces « boîtes » silencieuses. Avec le commissaire de la maison, François Letourneux, Lynne Cohen a réussi le mélange parfait entre ses productions récentes et des rappels plus anciens, construisant une série de fausses pistes, s’amusant à reformuler des obsessions.
Le spectateur promu détective se fait alors balader au sein de ces images à double fond, jamais aussi simples qu’il n’y paraît. L’exposition baptisée « Faux indices » nous emmène sur la piste de ces espaces intérieurs, des lieux institutionnels dévoilés dans une lumière crue qui semblent paradoxalement impénétrables. Un beau tour de passe-passe. n Bénédicte Ramade
« Lynne Cohen, Faux indices », Musée d’art contemporain, 185, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, www.macm.org
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Les sémillantes étrangetés de Lynne Cohen
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Abonnez-vous dès 1 €Cet article a été publié dans L'ŒIL n°656 du 1 avril 2013, avec le titre suivant : Les sémillantes étrangetés de Lynne Cohen