Deux mois après son arrivée, le président s’est attaqué à de nombreux symboles progressistes de l’Amérique.

États-Unis. Malgré un agenda chargé et mené au pas de course entre l’Ukraine, l’augmentation des tarifs douaniers et les migrants à la frontière mexicaine, Donald Trump trouve le temps de redéfinir la politique culturelle américaine. À dire vrai, ses marges de manœuvre sont limitées, la culture relève surtout du privé et des États. Mais son combat en la matière qui est avant tout symbolique n’est pas moins fondamental, car il touche à l’essence même de son programme « Make America Great Again » (MAGA) : les valeurs culturelles.
Sa cible principale est le programme Diversité, Équité, Inclusion (DEI). Ce n’est pas à proprement parler un programme mais une incitation à prendre en compte les minorités. Il trouve son origine dans les lois antiségrégationnistes des années 1960 et s’est étendu au fil du temps vers toutes les communautés ethniques, religieuses ou de genre avec une accélération ces derniers temps lors des manifestations « Black Live Matters » et les revendications LGBTQ+. Au plan institutionnel, Joe Biden avait pris deux décrets pour promouvoir la diversité, l’équité et l’inclusion dans les administrations fédérales, que Donald Trump s’est empressé d’annuler dès le premier jour. Dans les faits, cela a conduit certains musées à arrêter leurs programmes inclusifs et fermer les services qui les portent, par exemple au Smithsonian.
Parallèlement, il a signé plusieurs décrets visant à créer un « jardin national des héros américains », protéger les statues controversées, telle celle de Christophe Colomb, voire à en susciter l’installation de nouvelles. Dès son arrivée aussi, il a mis fin au Comité présidentiel des arts et des lettres qu’il avait supprimé lors de son premier mandat et que Biden avait recréé. En revanche, il s’est attribué la présidence du Kennedy Center pour les arts de la scène, qui produit et diffuse des spectacles, disposant pour cela d’un budget d’environ 250 millions d’euros. C’est pour lui une façon de mieux contrôler la programmation de ce centre de référence créé en 1971.
Une étape de plus a été franchie dans le démantèlement programmé d’organismes fédéraux. Le 3 mars, le DOGE, le Department of Government Efficiency (ministère de l’Efficacité gouvernementale), dirigé par Elon Musk, créé par un executive order de janvier 2025 pour faire maigrir l’administration fédérale, a fermé cinq bureaux régionaux de deux agences chargées de gérer les biens fédéraux dont des sites patrimoniaux et une collection d’art : la GSA Fine Arts et la GSA Historic Preservation. Le 14 mars, il ordonne la suppression de l’Institute of Museum and Library Service (IMLS) qui finance les bibliothèques et les musées avec un budget (modeste) de 268 millions d’euros.
Pour autant, il n’est pas totalement libre de faire ce qu’il veut et doit avoir l’accord du Congrès pour certains démantèlements. C’est sans doute (les juristes ne sont pas tous d’accord), le cas pour l’IMLS et cela l’est certainement pour le National Endowment for the Arts (NEA) et pour le National Endowment for the Humanities (NEH) qu’il n’a pas attaqué frontalement mais dont il a obtenu le départ de leurs présidentes issues de communautés ethniques.
Dernier assaut en date : contre le ministère de l’Éducation et son budget de 2024 – non pas chiffré en millions de dollars comme l’IMLS, la NEA ou la NEH – mais en milliards de dollars.
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Trump mène une guerre culturelle sans merci
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Abonnez-vous dès 1 €Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°652 du 28 mars 2025, avec le titre suivant : Trump mène une guerre culturelle sans merci