Iran - Collection

Quelle est cette impressionnante collection d’art occidental en Iran ?

Par Cordelia Hales · lejournaldesarts.fr

Le 21 février 2025 - 604 mots

Constituée sous le Shah, elle vaut aujourd’hui 3 milliards de dollars. Longtemps cachée, elle commence à être exposée.

Tehran Museum of Contemporary Art © Farzaneh, 2017, CC BY-SA 4.0
Vue de l'exposition « Eye to Eye » au TMOCA.
Photo Farzaneh, 2017

1977, Le Centre Pompidou est inauguré à Paris. Au même moment, deux ans avant la révolution islamique, le Tehran Museum of Contemporary Art (Tmoca) ouvre ses portes dans le parc Laleh à Téhéran, à l'initiative de la reine Farah Pahlavi (née en 1938), épouse du dernier shah d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi (1919-1980). Le musée présente sa collection d'art, « l'un des trésors les plus rares de l'art moderne en dehors de l'Occident », selon l'historien de l'art Hamid Keshmirshekan.

Pour abriter la collection, l'architecte et cousin de Farah Pahlavi, Kamran Diba (né en 1937), a conçu un bâtiment qui reprend des éléments de l'architecture traditionnelle persane tout en se référant à l'architecture du Musée Guggenheim New York de Frank Lloyd Wright (1867-1959). Le musée apparaît comme une version inversée de ce dernier. Les galeries s'étendent en spirale vers le bas (et non vers le haut). Kamran Diba devient d'ailleurs le premier directeur du musée.

Constituée à partir de 1973, alors que les cours du pétrole augmentaient en Iran, sur les conseils des critiques d'art Donna Stein et David Galloway, de l'architecte Kamran Diba et du chef de cabinet de la reine, la collection de la reine de près de 3 000 œuvres est aujourd'hui estimée à environ 3 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros). Elle comprend entre autres des œuvres de Pablo Picasso, Francis Bacon, Henri de Toulouse Lautrec, Vincent Van Gogh, Max Ernst, Andy Warhol, Pierre Soulages et de nombreux peintres iraniens dont Bahman Mohassess (1931-2010) ou Parviz Tanavoli (né en 1937).

La collection comprenait à l’époque un portrait de Farah Pahlavi par Andy Warhol, mais qui a été lacéré par les révolutionnaires qui se sont emparés de la capitale iranienne en 1979.

La révolution a fait tomber le gouvernement du Shah, Farah Pahlavi s'est enfuie et la lutte acharnée du régime des ayatollahs contre le « gharbzadegi » (« occidentalisation - submergée par la culture occidentale ») a contraint le musée à déplacer la collection du musée d'art occidental vers l’obscurité des caves. « J'étais très inquiète du sort de ces tableaux pendant ces événements, j'avais peur que les révolutionnaires les détruisent, mais heureusement, le personnel du musée les a protégés dans la cave et Mehdi Kowsar, le directeur de la faculté d'architecture de l'université de Téhéran, a dressé la liste de toutes les œuvres et a aidé à les protéger dans cette cave. Il est ensuite devenu directeur du musée après le départ de Kamran Diba », avait raconté Farah Pahlavi au Guardian. La reine n’a rien emporté avec elle, affirmant que la collection appartenait à l’Iran.

Depuis, la collection d'art occidental suit le cours de la politique iranienne, tantôt invisibilisée, tantôt exposant certaines œuvres. En 1999, sous le mandat du chef de l’État Mohammad Khatami, l'historien de l'art Alireza Sami Azar a organisé des expositions d'envergure internationale, dont une rétrospective de l'artiste Arman (1928-2005), jusqu'à ce que l'élection de Mahmoud Ahmadinejad à la tête de l'État en 2005 n'étouffe à nouveau l'élan culturel.

Ces dernières années, la situation a changé avec l’élection à la présidence de la République de Hassan Rohani entre 2013 et 2021. Il avait annoncé ses ambitions de faire connaître la collection à l'international et d'initier d'éventuels prêts à d'autres institutions.

Dernièrement a eu lieu l'exposition « Eye to Eye » présentée au Tmoca d’octobre 2024 à janvier 2025 sous le commissariat de Jamal Arabzadeh, professeur à l'Université des arts de Téhéran. Parmi les 120 portraits présentés : des tableaux de Francis Bacon, Robert Rauschenberg, Fernand Léger, Jazeh Tabatabai (1931-2008), Kambiz Derambakhsh (1942-2021), Gholamhossein Nami (né en 1936), Mehdi Sahabi (1944-2009).
 

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