Mode - Immaculée, rigide et solennelle, la fraise est un accessoire reconnaissable au premier coup d’œil et qui date immédiatement un tableau.
Cette collerette qui encadre le visage, magnifiant sa pâleur, et apporte un maintien altier à son propriétaire est en effet emblématique du Siècle d’or. Ce colifichet est un véritable marqueur social, car sa réalisation requiert des quantités faramineuses de tissu, jusqu’à 17 mètres pour les plus massives ! Les Hollandais moquaient même cette débauche de fanfreluches en qualifiant les plus colossales de « meules de moulins ». Composé d’étoffes précieuses, facilement salissables et nécessitant un entretien méticuleux pour garantir sa forme alvéolée, cet accessoire n’était évidemment pas à la portée de toutes les bourses, mais réservé à l’élite. Cet objet de luxe était logiquement mis en vedette dans les portraits du XVIIe siècle, notamment aux Pays-Bas, jeune nation qui bâtissait alors sa prospérité sur le commerce du drap de laine, du lin et de l’industrie de la teinture. Le textile, véritable fleuron économique, constituait ainsi une fierté que les artistes glorifiaient dans leurs œuvres. Loin d’être un sujet futile, la mode est en effet au cœur de nombre de tableaux anciens. Si les liens entre costumes et beaux-arts ont déjà été explorés pour les XVIIIe et XIXe siècles, le XVIIe, siècle, lui, n’avait pas encore fait l’objet d’une exposition. Probablement parce que la tâche est ardue, puisque très peu de vêtements de cette époque ont hélas été conservés. Le Musée de Tessé, qui abrite de remarquables tableaux nordiques, relève ce défi avec panache en s’appuyant sur les délicates reconstitutions du talentueux créateur de costumes Sébastien Passot. L’établissement a aussi pu compter sur des prêts exceptionnels des musées néerlandais, mais aussi sur une collaboration étroite avec les musées de Tours et d’Angers. Ce faisant, ces établissements reprennent à leur compte la devise des Provinces-unies – « L’union fait la force » – et portent un regard vivifiant et incarné sur ces collections de proximité.
L’accès à la totalité de l’article est réservé à nos abonné(e)s
Fashion victims du Siècle d’or
Déjà abonné(e) ?
Se connecterPas encore abonné(e) ?
Avec notre offre sans engagement,
• Accédez à tous les contenus du site
• Soutenez une rédaction indépendante
• Recevez la newsletter quotidienne
Abonnez-vous dès 1 €Cet article a été publié dans L'ŒIL n°760 du 1 décembre 2022, avec le titre suivant : Fashion victims du Siècle d’or