École d'art

Tout comprendre sur les formations dans les écoles d’art

Par Louise Wagon · lejournaldesarts.fr

Le 6 février 2024 - 1733 mots

Des beaux-arts au design, en passant par la mode et le jeu vidéo, de nombreux cursus préparent aux carrières créatives.

Atelier bois à l'Ecole supérieure d'art et de design de Reims (Esad)  © Anne Lemaitre / Esad Reims
Atelier bois à l'Ecole supérieure d'art et de design de Reims (Esad).
© Anne Lemaitre / Esad Reims

Choisir une formation en art peut s’avérer compliqué. En effet, que ce soit à Paris ou dans chaque région, il existe une grande diversité d’options pour étudier les arts entre les Écoles supérieures d’art et de design (ESAD), les Écoles supérieures d’arts appliqués (ESAA), les écoles dépendantes des Chambres de Commerce et d’Industrie (écoles consulaires), les écoles privées, et enfin, les formations universitaires. Selon une étude parue en novembre 2023 et réalisée par le Département des études de la prospective des statistiques et de la documentation (DEPS), plus de 175 000 étudiants étaient inscrits dans une formation artistique et culturelle en France en 2021-2022. Parmi eux, 54 % étaient en école supérieure, 33 % à l’université et 13 % dans l’enseignement secondaire.

Arts plastiques ou arts appliqués : quelle différence ?
La première distinction à faire est celle entre les arts plastiques et les arts appliqués, qui n’offrent pas les mêmes débouchés professionnels. Les arts plastiques regroupent les disciplines artistiques qui visent à produire des œuvres originales et expressives, comme la peinture, la sculpture, la photographie ou la bande dessinée. Les arts appliqués, quant à eux, concernent les disciplines artistiques qui répondent à des besoins fonctionnels ou esthétiques, comme le design, la mode, le jeu vidéo ou la communication d’entreprise. 

Le système LMD et le RNCP
Choisir sa formation implique également de s’informer sur la reconnaissance des diplômes par l’Etat. Depuis 2004, le système LMD harmonise les diplômes supérieurs au niveau européen. Il se compose de trois grades : Licence, Master et Doctorat, qui correspondent à trois, cinq et huit années d’études universitaires. Ces grades sont valides dans toutes les universités de l’espace européen, qui regroupe 48 pays. L’objectif est de simplifier les équivalences et de favoriser la mobilité des étudiants entre ces pays. Les écoles supérieures d’art font partie de ce dispositif avec le DNA (3 ans - grade licence) et le DNSEP (2 ans - grade master), tout comme les écoles d’art appliqué avec le DSA (3 ans - grade licence) et le DSAA (2 ans - grade master).

Par ailleurs, de nombreux établissements proposent des formations certifiantes, qui visent à préparer les étudiants à des métiers spécifiques. Ces formations ne relèvent pas du système LMD, elles débouchent sur des titres professionnels, les titres RNCP. Elles ont pour but de doter les étudiants de compétences pratiques qui leur permettront d’être rapidement opérationnels sur le marché du travail.

Les Écoles supérieures d’art et de design (ESAD)
Les écoles supérieures d’art et de design ont un processus de sélection à l’entrée plus exigeant. L’admission est sur concours et présentation d’un dossier artistique après le baccalauréat ou après une année de préparation dans le privé ou le public.

Environ une cinquantaine d’écoles nationales, régionales ou municipales des beaux-arts proposent des formations dans trois domaines principaux : le design – qui prépare notamment aux métiers d’architecte d’intérieur, de designer industriel ou de designer textile ; l’art – qui forme entre autres des peintres, sculpteurs, auteurs de bande dessinée et photographes ; la communication – qui ouvre les portes des métiers d’infographiste, d’illustrateur, de webdesigner ou encore de directeur artistique.

Ces établissements dépendent du ministère de la Culture et délivrent deux diplômes nationaux : le Diplôme national des arts (DNA) – qui confère le grade de licence – et le Diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP) – qui confère le grade de master. Certaines écoles proposent également des mentions particulières, comme le DNA design produit de l’école de Tarbes qui comprend une mention design d’objet en céramique ou le DNSEP art d’Avignon qui comprend une mention conservation-restauration des œuvres peintes. Ces diplômes font partie du système LMD.

Par ailleurs, quatre écoles nationales supérieures délivrent des diplômes qui leur sont propres et bénéficient du grade de master. Il s’agit de l’École nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD Paris), de l’École nationale supérieure de la création industrielle (ENSCI, Paris), de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles.

Les écoles supérieures d’art appliqué (ESAA)
En France, seulement sept écoles sont officiellement reconnues comme des écoles supérieures d’art appliqué. Il s’agit des écoles : Boulle (destinées à ceux qui se destinent aux métiers de l’ameublement et de l’architecture intérieure), Duperré (pour ceux qui s’intéressent au design de mode et d’environnement), Estienne (dédiée aux métiers de l’édition et de l’imprimerie) et Olivier de Serres (qui propose des enseignements tels que la communication visuelle et audiovisuelle, l’architecture d’intérieur et environnement, la conception de produits ou les aménagements du cadre de vie), à Paris ; de l’École supérieure des arts appliqués du textile (ESAAT) à Roubaix (la seule école d’art en France qui associe une formation textile à sa formation artistique) ; ainsi que les lycées La Martinière-Diderot (qui forme au design, design espace, design graphisme, design mode et textile, design produit, design événement) et Alain Colas (dont le DSAA porte les mentions espace, graphisme, produit) respectivement à Lyon et à Nevers.

Les ESAA délivrent le Diplôme national des métiers d’art et de design (DN MADE), qui confère le grade de licence. Ce diplôme, créé en 2018, remplace progressivement les BTS et a remplacé la mise à niveau en arts appliqués (MANAA), ainsi que le diplôme des métiers d’art (DMA). Selon l’étude du DEPS portant sur l’année 2021-2022, sur 22 500 personnes, plus de la moitié préparaient un DN MADE (11 700), tandis que le BTS comptait 9 700 étudiants. Les effectifs de la MANAA étaient nuls et ceux du DMA, « quasi-nuls ». Après le DN MADE, les étudiants peuvent continuer avec un Diplôme supérieur des arts appliqués (DSAA) – de grade master, qui selon leur spécialité, peut mener à différents domaines tels que l'architecture d'intérieur, le stylisme, le design ou l'illustration. Ces formations, tout comme les Beaux-Arts, sont réputées et très sélectives. Un peu plus de mille personnes préparaient quant à elles le DSAA à l’année 2021-2022.

Pour intégrer ces écoles, le bac le plus adapté est le bac sciences et technologiques du design et des arts appliqués (STD2A), mais les autres bacs sont également acceptés, ainsi que le Brevet des métiers d’art (BMA). Les candidats doivent passer des épreuves écrites et orales, ainsi qu’un entretien de motivation et un examen de leur dossier artistique.

Les écoles privées ou consulaires
D’autres écoles, qu’elles soient publiques ou consulaires (dépendantes d’une chambre de commerce), offrent également des formations en art appliqué qui délivrent leur propre titre. Ceux-ci ne sont pas nécessairement reconnus par l’Etat, mais peuvent néanmoins être valorisés par les employeurs.

Parmi les 166 écoles d’art privées listées par la Cour des comptes dans l’un de ses récents rapports, seules cinq écoles d’art privées reconnues par l'État dispensent un cursus délivrant un diplôme visé par le ministère chargé de l’Enseignement supérieur et contrôlé par l’Etat : l’École Emile Cohl, l’École de design Nantes Atlantique, l’École Camondo, l’Institut français de la mode et la Strate École de design. Les autres établissements qui ne délivrent pas de diplômes visés par l’Etat proposent généralement des cursus délivrant un titre certifié inscrit au RNCP. D’autres écoles d’art privées ne délivrent qu’un certificat d’école ou diplôme d’établissement non contrôlé par l’Etat, ne garantissant ainsi aucunement la qualité de la formation. Les écoles consulaires sont gérées par les Chambres de commerce et d’industrie (CCI), comme les Gobelins ou l’École de design Nantes Atlantique.

Les formations à l’université
Les universités proposent des licences d’arts plastiques accessibles après le baccalauréat. Ces formations offrent une initiation aux arts plastiques et proposent un travail sur la création, une réflexion sur la production d’œuvres, ainsi que l’acquisition de techniques d’expression et une connaissance approfondie des couleurs, des matériaux et de l’histoire de l’art. 

Conçus pour ceux qui souhaitent devenir enseignants ou qui veulent faire leur premier pas en dessin, en photographie ou en vidéo, par exemple, les programmes d’études en licence d’art sont pluridisciplinaires. Cependant, il est important de souligner que les universités ne sont pas des écoles d’art et qu’elles se concentrent davantage sur la théorie que sur la pratique.
Après une licence, il est possible de poursuivre avec un master en arts plastiques, qui ouvre des opportunités de carrière dans les domaines artistiques, mais aussi dans des professions connexes comme la critique d'art ou la direction artistique.

Faut-il passer par une classe préparatoire ?
Intégrer une école d’art après le bac est un challenge. Les places sont chères et les concours d’entrée très sélectifs. Une classe préparatoire en art se présente alors comme une voie privilégiée pour maximiser ses chances de réussite.

La prépa en art est une formation d’un an qui prépare aux épreuves des écoles supérieures d’art, qu’elles soient publiques ou privées, rattachées au ministère de la Culture ou de l’Education. Elle permet de renforcer ses compétences artistiques, de développer son projet personnel, de se familiariser avec les attentes des jurys. Car les concours d’entrée en école d’art ne se limitent pas à évaluer les connaissances et les savoir-faire des candidats, mais aussi leur personnalité, leur créativité, leur motivation et leur potentiel.

La prépa en art n’est cependant pas une voie facile. Elle demande beaucoup de travail, d’investissement, de rigueur, de curiosité et de remise en question. Elle est aussi très intensive et exigeante sur le plan personnel. Il faut donc bien réfléchir avant de s’y engager. Pour autant, les prépas affichent d’excellent taux de réussite aux concours. Par exemple, la prépa Via Ferrata de l’École nationale supérieure des beaux-arts (ENSBA) de Paris a enregistré 92 % de réussite à au moins un concours en 2017-2018. 

Quel coût ?
Le DNA, proposé uniquement dans les écoles publiques, peut coûter de 438 € à 850 € l’année, même fourchette de prix dans les prépas publiques dont le coût médian est 720 €. Concernant les prépas privées, il faut souvent compter entre 5 000 et 10 000 euros. A ces sommes, il faut également ajouter les frais spécifiques d’équipement (achat de matériel, de matériaux, livres…) dès la rentrée : environ 500 euros. Certaines écoles demandent des frais d’inscription pour passer leur concours. Il faut compter entre 25 et 116 euros par établissement, sans oublier les éventuels frais de déplacements. Le DN MADE peut aller de la gratuité (public) à 9 400 € (privé). Concernant les licences, elles sont au prix de 170 €. Les étudiants peuvent bénéficier d’une exonération ou d’un tarif préférentiel.

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